Parutions (édition Failles)
« Donner du sens à la paranoïa » propose une approche novatrice qui remet en question les conceptions dominantes en santé mentale. Alors que la psychiatrie privilégie souvent une lecture médicale de la détresse psychique, ce livre accorde la priorité aux récits de personnes concernées, en les considérant comme point de départ plutôt que comme simples illustrations de théories préexistantes.  Cette démarche plaide pour des conceptions alternatives de la paranoïa et pour des formes d’intervention plus respectueuses de l’expérience individuelle. Les auteurs ont en commun une implication directe : qu’elle soit vécue, professionnelle ou théorique. Peter Bullimore, entendeur de voix, a été longtemps hospitalisé avant de transformer son rapport aux voix et à la paranoïa. Il anime aujourd’hui des formations au Royaume-Uni et à l’international. Ian Warwick, ancien éducateur en santé mentale, s’est engagé auprès d’hommes victimes de violences sexuelles et a enseigné la santé mentale à la Manchester Metropolitan University. Kenneth McLaughlin, avec plus de 30 ans d’expérience en travail social, s’est spécialisé dans les questions de santé mentale et a publié de nombreux travaux en politique sociale.   Retrouvez tous les livres des éditions failles en cliquant Ici [...] Lire la suite…
  Militant de longue date pour la sortie de la psychiatrisation des souffrances, Will Hall est l’animateur et créateur de Madness Radio, une émission radiophonique qui se demande ce que cela signifie d’être qualifié de fou dans un monde de fous. Lui-même rescapé du stigmate de la schizophrénie, il se fait le porte-voix de paroles critiques sur les pratiques psychiatriques.   Au-delà de la santé mentale compile les extraits de plus de 60 témoignages de patients, scientifiques, journalistes, docteurs, activistes et artistes. Retrouvez toutes les publications des éditions failles Ici [...] Lire la suite…
  Formateur psychologue, Yann Derobert porte la conviction que la connaissance du fonctionnement de l’esprit humain – actuellement utilisée à fins d’asservissement – pourrait, mieux partagée, servir à son émancipation. Il est à l’initiative, en 2011, de la création du Réseau français sur l’entente de voix (REV France) Le REV fait partie du mouvement international sur l’entente de voix qui, depuis les années 1980, révolutionne les pratiques de soins en psychiatrie et, plus fondamentalement, la façon dont il est possible de nous relier les un·e·s aux autres autour de nos expériences plutôt que de nous retrouver isolé·e·s sur la base de leurs supposées différences. « Le but ultime du mouvement en faveur du rétablissement est celui de justice sociale. » – Joel Feiner et Frederick Frese (2009) Ce manuel présente comment et pourquoi certaines difficultés ont été qualifiées de « troubles psychiques » et prises en charge par la psychiatrie traditionnelle. En contrepoint, il présente les avancées et les alternatives en faveur du rétablissement au sein desquelles les groupes d’entendeurs de voix constituent un bel exemple d’accueil de la diversité des expériences humaines. Retrouvez tous les livres des éditions failles en cliquant Ici [...] Lire la suite…
L’écrivain Eduardo Arochi est né et vit au Mexique. Les Simulateurs est son recueil de neuf contes dont le premier, éponyme, est ici publié en une langue étrangère pour la première fois. Il traite de la folie collective mais aussi de l’invention de la mémoire. L’un des traits partagés entre tous les humains étant certainement celui-ci : nous nous racontons des histoires. À chacun de narrer la sienne… Héritier du style d’écriture tragico-onirique de Juan Rulfo, l’un des plus célèbres auteurs latino-américains du XXème siècle, dont la majorité des récits se tiennent peu après la Révolution mexicaine, Eduardo Arochi questionne avec brio la prépondérance de la fiction dans la vie humaine. Retrouvez toutes les parutions des éditions failles Ici [...] Lire la suite…
vidéos
Vincent Demassiet témoigne [...] Lire la suite…
Documentaire sur les antipsychotiques et l’industrie pharmaceutique. https://www.youtube.com/watch?v=G4cXvoSnT94 Documentaire sur les antipsychotiques et l’industrie pharmaceutique Ce documentaire primé réalisé par Anniken Hoel explore en profondeur les dérives de l’industrie pharmaceutique et leurs conséquences tragiques. La réalisatrice enquête sur les antipsychotiques tels que Zyprexa et Risperdal, dont l’utilisation massive a contribué à une véritable épidémie de troubles mentaux. Suite au décès soudain de sa sœur, traitée avec ces médicaments, Anniken entame une enquête mondiale. Elle révèle les pratiques douteuses de l’industrie pharmaceutique, la corruption des agences de santé comme la FDA et l’EMA, ainsi que l’augmentation des diagnostics psychiatriques et de la prescription de médicaments. Anniken Hoel interroge des figures majeures comme Peter Gøtzsche, Robert Whitaker, Joanna Moncreiff, et Allen Frances (ancien rédacteur du DSM). Elle rencontre également des lanceurs d’alerte, des représentants pharmaceutiques et des lobbyistes pour exposer la vérité. Filmée sur une période de dix ans, cette œuvre est à la fois personnelle et d’investigation. Elle suit la quête d’Anniken pour comprendre non seulement la mort de sa sœur, mais aussi celle des dizaines de milliers de victimes d’antipsychotiques à travers le monde. Pour en savoir plus sur Anniken Hoel et son travail, visitez son profil IMDb ou son portrait sur PsychosisNet. [...] Lire la suite…
Eleanor Longden: Les voix dans ma tête [...] Lire la suite…
Les voix sont importantes [...] Lire la suite…
Sagesse ou folie « Crazy wise » [...] Lire la suite…
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Depuis Radio France: Thèse majeure de son doctorat en 1961, « Histoire de la folie Ă  l’âge classique » est l’une des premières grandes Ĺ“uvres de Michel Foucault. Le jeune penseur y dĂ©livre une fine analyse de la notion de « folie » et rĂ©vèle la mĂ©canique froide et excluante du pouvoir mĂ©dical moderne. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/la-folie-8075413   [...] Lire la suite…
Podcast Bolbrun Une longue série de podcast qui explore beaucoup de thèmes de la pair-aidance à la psychiatrie institutionnelle. [...] Lire la suite…
Rasssemblement du RevFrance les 17 et 18 septembre 2025 Ă  Lille tĂ©moignage, atelier, rencontre Retrouvons-nous Ă  Lille en septembre ! Le rassemblement du REV, c’est le plus grand regroupement d’entendeureuses de voix en France mais c’est aussi un espace d’accueil, de dĂ©couverte et de partage de toutes les expĂ©riences humaines ! Quelles que soient vos expĂ©riences, venez enrichir les Ă©changes avec votre vĂ©cu ! Rejoignez-nous les 17 et 18 septembre 2025 Ă  Ronchin, dans la banlieue de Lille. Au programme (en chantier, n’hĂ©sitez pas Ă  nous transmettre vos envies et propositions : admin @ revfrance.org) : Des tĂ©moignages : Jules Pasdelou : « Ma relation avec ma psychiatre » Camille Ham : « Ce que j’ai envie de vous livrer » Florian StĂ©phane Murielle HĂ©non : « A coeur ouvert » Vincent Demassiet : « N’ayez pas peur, je veux vous tuer » Des ateliers : Alexis Dick et Vincent Demassiet : « La monstruositĂ© en moi » Annick Derobert et Mark McManus : « Petit Mark et Petite Annick » StĂ©phane Petit et FrĂ©dĂ©ric Guitard : « Ma relation avec l’institution psychiatrique » Alex Kervran et Yann Derobert : « Reprendre le pouvoir face aux prescriptions, c’est vital » Magali MoliniĂ© et Camille Niard : « Embarquer les morts dans mon rĂ©tablissement » Alexis Dick : « Mon traitement psy, j’ose en parler ! » Vanessa Evrard et Yann Derobert : « Des voix, le REV : un podcast pour parler du REV et des horizons qui s’ouvrent Ă  nous » Yann Derobert : « de la pair-aidance en psychiatrie Ă  la crĂ©ation universelle d’espaces d’accueil des expĂ©riences humaines » Une exposition d’HĂ©lène Blanck : « Tu voix, quoi ?! » Une soirĂ©e festive avec de la musique live et un repas prĂ©parĂ© par le GEM « Les Ch’tis bonheurs » Une confĂ©rence inaugurale surprise ! Cliquez ici pour tĂ©lĂ©charger l’affiche ! Cliquez ici pour vous inscrire via la plateforme HelloAsso [...] Lire la suite…
Rencontre croisée avec H.K., autrice de Barge, réédité aux éditions du Chien Rouge et Clémentine Pons, autrice de Feu mange forêt, paru aux éditions blast. Emission plateau RENCONTRES LITTERAIRES A TERRA NOVA Santé santé mentale [...] Lire la suite…
AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale du RevFrance ce samedi 29 mars Opalerev fait partie du rĂ©seau REV-France. A ce titre nous bĂ©nĂ©ficions d’un code promo:GROUPEEV cf ci dessous:Pour les adhĂ©rents membres d’un groupe REV, pour bĂ©nĂ©ficier de l’adhĂ©sion groupe Ă  5 euros, il faut rentrer le code promo GROUPEEV après avoir choisi l’adhĂ©sion standard Ă  30 euros (le code permet une rĂ©duction de 25 euros) Le lien est le suivanthttps://www.helloasso.com/associations/revfrance/adhesions/adhesion-rev-france-new Je vous rappelle ce qu’est le RevFrance et ça ne concerne pas que l’entente de voix:https://revfrance.org/foire-aux-questions/ AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale en ligne du revfrance ce samedi 29 marshttps://participer Ă  l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale en inscrivant son email sur le site du revfrance [...] Lire la suite…
Atelier interactif psychiatrie organisĂ© par le RevFrance De la psychiatrisation Ă  l’émancipation : Pistes pour se rĂ©approprier ses expĂ©rienceset vivre sa vieUn atelier interactif en ligne avecYann Derobert. Mercredi 19 fĂ©vrier 2025 de 18h Ă  21hTarifs : de 30 Ă  90 EurosRenseignements et inscriptions :                       yann@vivremavie.fr / 06 42 72 66 19Programme :1 – Du diagnostic Ă  la diversitĂ© des expĂ©riences humaines– conception mĂ©dicale des troubles psychiques– re-dĂ©couvrir la diversitĂ© des expĂ©riences humaines– se rĂ©approprier ses expĂ©riences2 – Quand les mĂ©dicaments ne soignent pas– reprĂ©sentations sur les mĂ©dicaments psychiatriques– que savons-nous des mĂ©dicaments psychiatriques ?– reprendre le pouvoir sur sa vie : prioritĂ©s3 – Raconter son histoire c’est reprendre le pouvoir– que disent les recherches sur la prĂ©valence des traumatismes ?– exploration des liens entre histoire de vie et expĂ©riences humaines– importance du contexte dans le processus de rĂ©tablissementfR E Vacte2 Encore plus d’infos sur le site du RevFrance!! [...] Lire la suite…
Repensez la folie https://rethinkingmadness.com/reviews/ . Dans ce livre révélateur, Paris Williams remet en question les mythes dominants sur les origines et le traitement de la psychose, suggérant qu’il s’agit d’un processus naturel, bien que précaire, d’auto-réparation qui doit être protégé, plutôt que d’une maladie cérébrale dégénérative à vie sans espoir qui doit être gérée et traitée. Les preuves de plus en plus nombreuses de l’échec abject du modèle médical à traiter la psychose sont présentées aux côtés de six études de cas de personnes qui se sont complètement rétablies malgré un traitement psychiatrique et qui se sont senties plus profondément en contact avec l’espoir, le sens, le sentiment de vitalité et l’interdépendance de la vie à la suite de leurs parcours difficiles. Williams propose également un modèle intégratif innovant et profond de dualité/unité qui synthétise la théorie existentielle actuelle, la théorie de l’attachement et les perspectives bouddhistes de pleine conscience. Rethinking Madness est un livre important et porteur d’espoir [...] Lire la suite…
Kit de survie en santĂ© mentale par Peter C. Gotzsche Ă€ propos de l’auteurLe professeur Peter C Gøtzsche a obtenu une maĂ®trise en biologie et en chimie en 1974 et son diplĂ´me de mĂ©decin en 1984. Il est spĂ©cialisĂ© en mĂ©decine interne ; il a travaillĂ© en Ă©tudes cliniques et en affaires de rĂ©gulation dans l’industrie pharmaceutique de 1975 Ă  1983, puis aux hĂ´pitaux de Copenhague de 1984 Ă  1995. Avec environ 80 autres personnes, il a participĂ© Ă  la fondation de la Collaboration Cochrane en 1993 (le fondateur est Sir Iain Chalmers), et il a mis sur pied le Centre Cochrane nordique, la mĂŞme annĂ©e.Il est devenu professeur en analyse et conception de la recherche clinique en 2010 Ă  l’universitĂ© de Copenhague et a Ă©tĂ© membre du conseil d’administration de Cochrane Ă  deux reprises. Il travaille dĂ©sormais en free-lance. Il est devenu professeur invitĂ© Ă  l’Institut de la santĂ© et de la sociĂ©tĂ© de l’UniversitĂ© de Newcastle en 2019. Il a fondĂ© l’Institut pour la libertĂ© scientifiqueen 2019.Gøtzsche a publiĂ© plus de 75 articles dans “les cinq grands” (BMJ, TheLancet, JAMA, Annals of Internal Medicine et The New England Journal ofMedicine) et ses travaux scientifiques ont Ă©tĂ© citĂ©s environ 50 000 fois. Ses livres les plus rĂ©cents sont les suivants (deux livres sont publiĂ©s en français,Psychiatrie mortelle et Remèdes mortels) :– Vaccines: truth, lies and controversy (2020).– Survival in an overmedicated world: look up the evidence yourself (2019).– Death of a whistleblower and Cochrane’s moral collapse (2019).– Deadly psychiatry and organised denial (2015).Traduit en français sous le titre : Psychiatrie mortelle et dĂ©ni organisĂ© (2017).– Deadly medicines and organised crime: How big pharma has corruptedhealth care (2013) (LaurĂ©at, Prix du livre annuel de l’Association mĂ©dicale britannique dans la catĂ©gorie Bases de la mĂ©decine en 2014). Traduit en français sous le titre : Remèdes mortels et crime organisĂ©. Comment l’industrie pharmaceutique a corrompu les services de santĂ© (2015).– Mammography screening: truth, lies and controversy (2012) (LaurĂ©at du Prix Prescrire 2012).– Rational diagnosis and treatment: evidence-based clinical decision-making (2007).Trois de ces livres ont Ă©tĂ© publiĂ©s en plusieurs langues, voirdeadlymedicines.dk.Gøtzsche a donnĂ© de nombreuses interviews, dont une, sur le crime organisĂ© dans l’industrie du mĂ©dicament, a Ă©tĂ© vue environ 350 000 fois sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=dozpAshvtsA. Gøtzsche a participĂ© au Daily Show de New York le 16 septembre 2014 oĂą il a jouĂ© le rĂ´le de Deep Throat rĂ©vĂ©lant les secrets sur les grandes entreprises pharmaceutiques.  Un film documentaire sur son travail de rĂ©forme en psy-chiatrie, Diagnosing Psychiatry, est paru en 2017.Gøtzsche a un intĂ©rĂŞt pour les statistiques et la mĂ©thodologie de recherche.Il est le co-auteur des lignes directrices suivantes servant Ă  encadrer la publication correcte des rĂ©sultats de la recherche : CONSORT pour les essais randomisĂ©s (www.consort-statement.org), STROBE pour les Ă©tudes observationnelles (www.strobe-statement.org), PRISMA pour les revues systĂ©-matiques et les mĂ©ta-analyses (www.prisma-statement.org), et SPIRIT pour les protocoles d’Ă©tudes (www.spirit-statement.org).Gøtzsche est parrain du rĂ©seau de l’entente de voix au Danemark.Sites web : deadlymedicines.dk et scientificfreedom.dk   et le livre en français pdf (très bien documentĂ© et très technique + facile Ă  lire  partir de la page 114 ;   https://www.scientificfreedom.dk/wp-content/uploads/2024/09/Gotzsche-Kit-de-survie-en-sante-mentale-et-sevrage-des-medicaments-psychiatriques.pdf la site de l’institut pour la libertĂ© scientifique   scientifiquefreedom.dk   deadlymedicines.dk                      [...] Lire la suite…
ActualitĂ©s https://www.youtube.com/watch?v=oSSQ-SVIyck&t=1326s « Entente de voix, une autre voie ? », le tĂ©moignage d’Audry… Forum du REV samedi 9 dĂ©cembre Ă  17h C’est autour de cette interrogation, qu’Audry vous propose de « nous » retrouver samedi 9 dĂ©cembre Ă  17h pour vous partager son parcours, ses questionnements, ses doutes… Bien consciente d’avoir Ă©chappĂ© Ă  un diagnostic de bouffĂ©e dĂ©lirante aiguĂ«. Audry est infirmière en santĂ© mentale, sophrologue, et possède un DiplĂ´me Universitaire de mĂ©ditation de pleine conscience et compassion (approche intĂ©grative de la santĂ©). se connecter Ă  la visioconfĂ©rence 14eme CongrĂ©s Mondial du Rev France 25 et 26 octobre 2023 le programme est arrivĂ©!! Une foule d’invitĂ©s vous attend au congrès du rev, venez vite dĂ©couvrir ce qui vous attend les 25 et 26 octobre au congrès du Revfrance Ă  Paris Le programme du rev est arrivĂ©!! More info https://www.youtube.com/watch?v=roYjQBaFEjk 14eme CongrĂ©s Mondial du Rev France 25 et 26 octobre 2023 plus d’infos More info RENDEZ VOUS REVFRANCE Prochains RV du REV dĂ©but 2023…https://revfrance.org/…/mais-comment-pensent-les…/…Samedi 11 mars Ă  17h : « Mais comment pensent les mĂ©decins ? » Un Forum du REV autour de l’ouvrage du Dr Jerome Groopman, avec Yann Derobert. N.B. : ce Forum remplace celui initialement prĂ©vu samedi 21 janvier. Retrouvez le descriptif ici.Week-end des 25 et 26 mars Ă  OrlĂ©ans : « Sans peur et sans reproche », notre atelier pour les familles ! Une opportunitĂ© pour apporter un regard nouveau sur les difficultĂ©s rencontrĂ©es en famille pour des relations vivantes entre les personnes ! Des dĂ©tails ? Cliquez lĂ  ! https://revfrance.org/…/sans-peur-et-sans-reproche…/…Samedi 28 janvier Ă  17h : La saison 2 du Forum avec la Dr Anna Baleige ! Suite au Forum du 10 dĂ©cembre au cours duquel Anna – dans un style vif et enlevĂ© – nous a tracĂ© une histoire des idĂ©es en psychiatrie (Ă  rĂ©-Ă©couter ici)… voici une nouvelle chance de poser vos questions ! Connectez-vous et poursuivez l’enquĂŞte dont vous ĂŞtes l’hĂ©roĂŻne, aux sources de la pensĂ©e psychiatrique…Lundi 20 et mardi 21 fĂ©vrier Ă  Paris : Module de formation professionnelle « Agir en faveur du rĂ©tablissement en santĂ© mentale : Emotion et accueil des expĂ©riences humaines ». Retrouvez le programme ici. https://revfrance.org/…/emotion-et-accueil-des…/… « Aux sources de la pensĂ©e psychiatrique », samedi 21 janvier 2023 Ă  17h, avec une lecture et une discussion ouverte de l’ouvrage de Groopman… Mais comment pensent les mĂ©decins ?!?En savoir plus sur le site du RevFrance Ici 14ème Congrès mondial Intervoice Paris, France Rompre le charme de la rĂ©alitĂ© consensuelle… Accueillir toutes les expĂ©riences humaines ! [...] Lire la suite…
RĂ©cit d’une tentative d’Ă©vasion «Tu sais que tu n’es pas vraiment malade… Tu es juste en train d’explorer d’autres aspects de la rĂ©alitĂ©.» «Les petits riens se souviennent parfois du grand tout.» Je ne peux pas me rappeler depuis combien de temps je suis ici, ni comment j’y suis venu et encore moins pourquoi. Parfois ces questions semblent sans importance… Mais le plus souvent j’ai l’impression que je ne pourrai aller nulle part ni progresser d’aucune façon tant que je n’y aurais pas rĂ©pondu. L’empereur Catastrophe est persuadĂ© que nous sommes dans un labyrinthe sans issue, condamnĂ©es Ă  devoir rĂ©soudre des Ă©nigmes insolubles pour une faute que nous n’avons pas commise. Il a dit: «Avant de pouvoir rĂ©pondre Ă  toute tes questions, il faudrait d’abord que tu saches qui les pose, il faudrait que tu saches qui tu es. Et savoir cela, savoir qui tu es vraiment… C’est peut-ĂŞtre très dangereux, c’est peut ĂŞtre impossible…» Je regarde le reflet de mon visage et j’y vois la foule qui dĂ©file et se sent chez elle. «Oui, je danse dans une pirouette infinie! OĂą est le mal? J’adore danser!» et c’est vrai que Pirouette n’arrĂŞte jamais de danser. «Ce n’est pas moi qui danse, je suis dansĂ©e!» dit-elle en fermant les yeux. Le docteur Tribune est criblĂ© de doutes, alors rĂ©gulièrement il vient nous faire part de ses plus belles incertitudes: «Si nous agissons sur diffĂ©rents niveaux de rĂ©alitĂ© sans pouvoir atteindre un niveau qui soit opĂ©rant, oĂą il soit rĂ©ellement possible d’agir… Alors nous n’avons pas le choix: nous devons faire semblant! DĂ©terminer arbitrairement les symptĂ´mes et l’ordonnance. Élaborer de toute pièces le niveau qui paraĂ®tra le plus sĂ©rieux… Parler des molĂ©cules… Et comme ça, nous aurons l’impression de servir Ă  quelque chose! Nous nous appuierons sur les travaux de nos collègues, confrères, Ă©minents spĂ©cialistes, docteurs en titre… Et de congratulations en cĂ©rĂ©monies, de dĂ©couvertes majeures pour la science en costumes d’apparats. Nous conforterons bloc après bloc la citadelle fortifiĂ©e de la raison!» «Et nous viendrons l’assiĂ©ger!» a dit Monsieur Vantard. Alors le docteur Escabot tout transpirant descendit de sa tribune et nous inspecta le blanc des yeux: «Mais ne vous envisagez pas tout seul! Et ne venez pas saper notre dĂ©lire de mĂ©decin avec votre dĂ©lire de malade! Car les mĂ©decins c’est nous! Et c’est avec raison que nous vous avons juger malades!» Le docteur Placard ramassa son discours et il disparut avec panache. La porte qui venait juste de se claquer dit: «Tu sais que tu n’es pas vraiment malade… Tu es juste en train d’explorer d’autres aspects de la rĂ©alitĂ©.» Mon reflet se dĂ©multipliait Ă  l’infini et je croyais encore Ă  la folie… La première fois que je suis devenu fou j’ai eu l’impression vertigineuse d’accĂ©der Ă  un nouvel Ă©tage de mon ĂŞtre. Je pĂ©nĂ©trais dans un champs de conscience qui m’Ă©tait jusqu’alors interdit ou cachĂ© et je n’y reconnaissais rien. Je ne savais pas si j’Ă©tais mort ou si je venais de naĂ®tre. Tout Ă©tait inouĂŻ et incertain. Je ne pouvais plus interprĂ©ter ce que je ressentais. J’avais un nouvel univers Ă  dĂ©chiffrer dont chaque signe Ă©tait un miroir de ma perplexitĂ©. Je me suis dit, ou plutĂ´t cela s’est dit Ă  travers moi: « Ma folie est le dernier rempart entre moi et une libertĂ© totale. Qui cĂ©dera le premier? Le rempart? Moi? OĂą la libertĂ©?» «Les Ă©vĂ©nements sont le fruit d’un dĂ©sĂ©quilibre dĂ» Ă  la friction entre une particule limitĂ©e et une totalitĂ© illimitĂ©e…» dit souvent le mur. Mais qui Ă©coute le mur? «Si tu regardes attentivement comment s’est construite la pensĂ©e Tu aperçois un immense mur Chaque idĂ©e, chaque raisonnement Se tient l’un-e sur l’autre Comme autant de briques enchevĂŞtrĂ©es. MĂŞme tes Ă©motion tu les vis en bloc! Non seulement tu Ă©riges des murs partout entre «toit» et «les autres» Mais surtout tu vis entre les murs que tu as construit entre «toi» et «toi». Combien de murs as-tu dĂ©truit dans ta vie? Le gardien pèsera le poids des murs restĂ©s debout Et tu verras toi-mĂŞme s’il te reste de la place pour une âme infinie… Puisque le gardien c’est toi!» Je regardais fixement le gardien du mur pour le faire disparaĂ®tre. Alors il se mit Ă  parler dans ma tĂŞte: «Nous pouvons considĂ©rer le monde comme le reflet de nous-mĂŞme Et nous sommes tous et toutes co-crĂ©ateurices du rĂ©el. Mais comment notre sagesse pourrait-elle Ă©clairer notre ignorance? Toutes ces belles choses notre sagesse les connaĂ®t Mais notre ignorance les mĂ©prise et les saccage… Si elle pouvait se reconnaĂ®tre elle-mĂŞme – ne serait-ce qu’un instant – Elle serait aussitĂ´t changĂ©e en connaissance lumineuse. Elle cesserait aussitĂ´t de nourrir la foule aveugle et de donner sa force aux tyrans. Alors celles et ceux comme nous qui en savent dĂ©jĂ  trop ou pas encore assez pour faire comme tout le monde, nous serions peut-ĂŞtre entendu-es au lieu d’ĂŞtre enfermĂ©-es.» «Mais regardez l’Ă©tat du monde! Y a pas besoin d’ĂŞtre normal Pour s’apercevoir que dieu est cinglĂ©!» Aboyait une fenĂŞtre. Un arbre du parc ajouta: «L’instant tient du miracle L’explication tient de la folie.» Il semblait qu’en ces lieux, Ă  cette Ă©poque Tout Ă©tait complètement dĂ©ment. De toutes façons Quoi-que-vous-disiez Quoi-que-vous-pensiez Quoi-que-vous-fassiez vous ĂŞtes irrĂ©mĂ©diablement folle ou fou. Car il est Ă  noter que le «bon sens» dans un monde de fous relève de la folie furieuse. «Le grand tout se dĂ©voile aux petits rien Par des Ă©nigmes improbables, des jeux bizarres des chemins tortueux, des histoires folles…» Souvent l’Oracle formulait quelques Ă©nigmes: «L’ĂŞtre craint toujours de se dissoudre dans le nĂ©ant. Au moins autant que le nĂ©ant Ă  la trouille d’exister.» Je me suis rappelĂ© ce que m’avait dit une fois le gardien du mur: «Nous pouvons dĂ©montrer que Tout est possible. Mais alors tout sera rĂ©alisĂ© et il n’y aura plus rien Ă  faire!» Je n’avais pas compris sur le coup… Mais il me prit dans ses bras et nous avons disparu l’un dans l’autre. Nous pensions: «Imaginons que nous soyons Tout… Alors nous savons Tout sur Tout depuis la nuit des temps jusqu’Ă  l’Ă©ternitĂ©… Il n’y a plus rien Ă  dĂ©couvrir plus rien Ă  expĂ©rimenter, plus rien Ă  inventer, plus rien de nouveau! Et puis si nous Ă©tions Tout… Peut-ĂŞtre aurions nous prĂ©fĂ©rĂ© Nous diviser en milliards de milliards d’ĂŞtres complètement diffĂ©rents et prendre soin de Tout oublier Pour le plaisir d’avoir Ă  Tout redĂ©couvrir!» C’est lĂ  que l’empereur Catastrophe est sorti furieux de sa camisole en criant: «Oui! Je rĂ©inventerai Tout! Et s’il y a le moindre dĂ©jĂ  vu, alors j’inventerai le cinĂ©ma tĂ©lĂ©pathique et je dirai que c’est un trucage! Oui! Si tout a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait, alors je le referais encore, au nom de la libertĂ© absolue de refaire le monde tel qu’il devrait ĂŞtre! Et, oui, je cacherai la recette partout et il sera impossible de la rater et impossible de la trouver! Et si vous n’ĂŞtes pas saisi par le vertige d’un univers en train d’accoucher de lui-mĂŞme, alors j’inventerai le temps pour qu’il s’Ă©coule et je vous laisserai bâtir vos orgueilleuses civilisations! Et je vous laisserai serrer vos petits poings pour retenir du sable, de l’eau… ou une poignĂ©e de vide! J’inventerai la souffrance et la mort qui seront vos garde-fous ! Et je vous laisserai courir après l’origine! Je vous laisserai ravager vos Ĺ“uvres, chercher dĂ©sespĂ©rĂ©ment un sens et vous fabriquer de nouvelles illusions et de nouvelles religions! Oui, je vous laisserais faire tout ça et d’autres folies encore que je n’imagine mĂŞme pas! Je vous laisserais faire toutes les guerres et tous les cauchemars que vous voudrez! Je vous laisserai tout faire sans intervenir! Je vous laisserai infiniment seuls! Je vous laisserai… Je vous laisserai simplement pour que vous puissiez vous retrouver…» Il s’est mis Ă  pleuvoir Je regarde les gouttes tomber Et j’entends la pluie me dire: «La vie est une illusion qui croit en elle.» Faisant Ă©cho Ă  ce graffiti sur le mur: «La vie est un rĂŞve qui se rĂ©alise.» Et ce qu’en dit Pirouette: «La vie est une histoire qui se la raconte.» Puis l’infirmière Bidule: «Ne restez pas sous la pluie, vous allez prendre froid!» Et le docteur Machin du lendemain: «Alors comment vous sentez-vous aujourd’hui? – DivisĂ© – Mais encore? – Mais encore quoi? Je me sens divisĂ©, voilĂ : C’est pas dur Ă  comprendre, non? Je me sentirais Il me souriait de loin et je recevais l’explication tĂ©lĂ©pathique de son sourire: «Si tu construis ta structure juste au bord des limites, une partie de la totalitĂ© visible se mĂ©lange au nĂ©ant et sa face invisible vient chez toi. RĂ©sultat: tu ne sais plus ou te mettre! Ta place n’es ni lĂ , ni lĂ , ni lĂ ! Ni ici, ni ailleurs! Tu ne peux plus fuir et il est impossible de rester sur place! Alors comment tu fais? Tu te transformes! Tu n’as pas le choix! Mais aucune forme ne convient. C’est jamais la bonne, c’est jamais suffisant! Alors tu te transformes sans arrĂŞt, Ă  l’infini… Et pire que ça: tu ne peux pas continuer Ă  te transformer sinon c’est pareil! c’est la mĂŞme chose tout le temps et tu deviens prisonnier de tes transformations… Mais tu ne peux pas non plus t’arrĂŞter sur une forme, ça non! Tu ne peux pas t’arrĂŞter et tu ne peux pas continuer et tu ne peux mĂŞme pas continuer autrement… Alors après tu peux essayer le vide et lĂ  tu n’existes plus c’est intĂ©ressant on ne peut mĂŞme pas en parler tellement rien n’existe… Évidemment le vide change les qualitĂ©s du plein mais c’est seulement de retour dans la matière qu’on s’en aperçoit, et seulement quand il y a un retour… Sinon on peut très bien rester dans le vide voilĂ … Juste n’ĂŞtre absolument rien dans un monde de rien avec rien autour, rien Ă  l’intĂ©rieur et rien partout sans rien savoir sans rien connaĂ®tre sans rien ĂŞtre du tout et y’aurait rien Ă  en dire… Ă  part que bon finalement au bout d’un temps ras le bol! On veut ĂŞtre TOUT! voilĂ ! Rien Ă  foutre du vide! C’est tout qu’on veut! Plus le reste et ce qu’on oublie en prime! Absolument Tout! Y compris Rien! Y compris le plus infime des trucs de dingues qu’on a pas encore oser inventer! Y compris la totalitĂ© de toutes les expĂ©riences de tous les ĂŞtres en particulier! Y compris ce sentiment d’oscillation entre une totalitĂ© particulière et une particularitĂ© de Tout! Y compris d’autres univers! D’autres dimensions! Y compris la mort! Y compris la vie! Et rien que dans la vie de pouvoir sentir Ă  un moment donnĂ© que les possibilitĂ©s touchent l’infini de très très près… Alors avoir peur d’ĂŞtre seule, d’ĂŞtre une toute petite chose fragile perdue devant des immensitĂ©s… Oui… Et se rappeler que nous sommes TOUT… Que nous sommes une expĂ©rience de TOUT! Qui tente de TOUT ESSAYER!C’est pour cela voyez-vous que tout se ressemble et que tout est toujours nouveau! Chaque instant qui passe n’a jamais Ă©tĂ© vĂ©cu… Rendez-vous compte… Depuis l’aube de la nuit des temps, depuis avant mĂŞme que le temps existe c’est la première fois que nous sommes maintenant! Et cet instant ne se reproduira jamais une seule fois dans l’Ă©tendue oĂą les univers naissent et meurent en un clin d’œil! Et notez bien cette chose extraordinaire: malgrĂ© tout cela, malgrĂ© que cet instant soit totalement unique, totalement Ă©phĂ©mère et totalement particulier et bien… NOUS SOMMES TOUJOURS MAINTENANT!» Je regarde un coin du mur et m’engouffre dans un autre vertige. Je crois qu’il doit ĂŞtre possible de naviguer dans ce chaos. Dans les langages sans grammaire, Dans les paysages sans motifs Dans les climats sans constante. Il y a une certaine disposition d’esprit possible face Ă  l’inconnu permanent Une sorte d’apprentissage instantanĂ© aussitĂ´t pĂ©rimĂ© Impossible Ă  valider Impossible Ă  transmettre. Quelqu’une qui est certainement une autre moi-mĂŞme me rĂ©pète comme une berceuse: «Dois-je te chanter encore toute la beautĂ© du silence ou faut-il que je me taise?» [...] Lire la suite…
TĂ©moignages VĂ©ronique Beguet: Entre psychopathologie et spiritualitĂ©s Voir le document complet Ici Travis, 63 ans7 Travis est issu d’une de ces vieilles familles de la Nouvelle-Angleterre qui selon lui se considèrent comme le Peuple Ă©lu de Dieu. Protestante Ă  l’origine, sa famille s’est convertie Ă  la religion unitarienne Ă  la gĂ©nĂ©ration de ses grands-parents, au moment oĂą ce type de conversion Ă©tait courant. Travis dĂ©finit la religion unitarienne comme humaniste, rationnelle, s’enorgueillissant de cĂ©lĂ©brer le doute. La religion est un sujet important dans sa famille ; son père, qui s’affirmait contre le dogme mais Ă©tait respectueux des Églises, Ă©tait d’ailleurs journaliste au Washington Post, spĂ©cialiste des religions. Ă€ treize ans, Travis est confrontĂ© Ă  une religion chrĂ©tienne fondamentaliste du fait de ses voisins mormons. Il lit la Bible et de nombreux Ă©crits religieux. Ă€ seize ans, Travis connaĂ®t sa première expĂ©rience homosexuelle avec son compagnon de chambre dans une Ă©cole privĂ©e prestigieuse. Aux États-Unis, Ă  l’époque, l’homosexualitĂ© est une maladie mentale, un crime et un pĂ©chĂ©. Les autoritĂ©s de l’école, mises au courant par son partenaire repentant, les sĂ©parent et leur imposent de voir un psychiatre. Pendant deux ans, Travis est torturĂ© par les tentatives de son psychiatre de le guĂ©rir de cette maladie honteuse qui, selon lui, va ruiner sa vie, le priver d’emplois et d’amis. Travis considère que ces sĂ©ances l’ont rendu fou, prĂ©parant le terrain Ă  sa psychose Ă  dix-huit ans et cette expĂ©rience traumatisante marquera Ă  jamais ses rapports avec la psychiatrie. (7. Les prĂ©noms sont fictifs, les âges sont ceux des personnes au moment de l’entrevue. (11 – Beguet.pmd 224 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 225) Ă€ l’étĂ© 1963, Ă  l’âge de dix-sept ans, Travis vit une extase. C’était … ma première hallucination schizophrĂ©nique. Et c’était une vraie hallucination parce qu’en mĂŞme temps, c’était aussi une vision bĂ©atifique. Une extase. Une expĂ©rience religieuse comme ça, c’est ineffable, vous ne pouvez pas la dĂ©crire. MĂŞme avec des mĂ©taphores. Si je vous dis que mon âme est sortie de mon corps. Ce sont des mots. Parce que vous n’avez pas eu cette expĂ©rience. J’espère . Alors l’âme sort du corps et on atteint une extase. Vraiment. Une extase Ă©norme. Et puis on voit. On voit le royaume de Dieu. Et c’est comme si un voile d’ange couvrait la face de Dieu. Parce qu’on ne voit pas Dieu. Et on sent l’éternitĂ©. C’est ça. C’est l’éternitĂ© qu’on sent. C’est ça, la vĂ©ritĂ© suprĂŞme. Une des connaissances que j’ai eues, c’est que ce monde dans lequel nous visons vous et moi, c’est ça l’illusion. C’est Dieu qui est rĂ©el. Et la vĂ©ritĂ© suprĂŞme, c’est que cette terre ici, notre monde Ă  nous, est Ă©phĂ©mère et passagère. L’expĂ©rience ne dure que quelques secondes ou quelques minutes, mais elle est profondĂ©ment transformatrice. Travis se promet de croire Ă  cette hallucination jusqu’à la fin de sa vie : « J’ai eu le privilège de voir la vĂ©ritĂ© suprĂŞme, la vĂ©ritĂ© transcendante ». De cette expĂ©rience, il garde une foi inĂ©branlable. Mais que faire d’une telle expĂ©rience ? Comment servir Dieu ? Et vers qui se tourner pour le lui expliquer et le guider ? Ă€ dix-huit ans, il dĂ©couvre que Paul Tillich, l’un des thĂ©ologiens les plus influents de l’époque, vient donner un sermon Ă  Boston. En Tillich, il voit un semblable, le seul Ă  pouvoir comprendre et expliquer son illumination. Il rĂ©dige en hâte un essai de vingt-sept pages dĂ©crivant sa vision bĂ©atifique qu’il utilise comme preuve phĂ©nomĂ©nologique de l’existence de Dieu. Il fait lire son essai Ă  Tillich qui lui propose, dans un sourire complice, de revenir le voir lorsque celui-ci sera achevĂ©. Travis rentre chez lui et se met frĂ©nĂ©tiquement Ă  finaliser ce texte qu’il pensait pourtant achevĂ©. C’est lĂ  qu’il dĂ©rape. Alors que le premier texte est sain et articulĂ©, le second est « un dĂ©lire total », de plus en plus confus, reflĂ©tant l’état d’esprit dans lequel rentre le jeune homme. Deux jours après, un de ses amis, très inquiet, alerte les autoritĂ©s de Harvard oĂą il Ă©tudie alors et Travis est emmenĂ© de force Ă  l’hĂ´pital. Commence alors cette pĂ©riode sombre de sa vie qui va durer quinze mois et qu’il associe Ă  sa « nuit obscure de l’âme8». Le premier mois, Travis est toujours très confus, dans un dĂ©lire psychotique dans lequel se cĂ´toient des idĂ©es sexuelles bizarres, une paranoĂŻa totale et des composantes mystiques. Il est en outre assommĂ© par une mĂ©dication puissante. 8. Rappelons que, selon DurĂ -VilĂ  et ses collaborateurs (2009, 2010), cette nuit obscure de l’âme renvoie plutĂ´t Ă  des symptĂ´mes dĂ©pressifs que psychotiques. 11 – Beguet.pmd 225 2011-10-31, 14:18 226 VÉRONIQUE BÉGUET Après un mois, Travis redevient lucide et se dit qu’il est Ă  l’hĂ´pital Ă  cause d’un psychiatre et de la fragilisation de son ĂŞtre par les atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  son identitĂ© sexuelle profonde. Sa première rĂ©solution est de survivre, de sortir de cet hĂ´pital, de vivre sa vie selon ses propres critères, une vie libre. Cette dĂ©cision tĂ©moigne de l’audace et de l’assurance de Travis, face Ă  des psychiatres qui tenteront de lui assĂ©ner des vĂ©ritĂ©s contraires. Ils lui rĂ©pètent qu’il est totalement fou, l’un des pires qu’ils aient vu, qu’il n’aura jamais une vie normale, qu’il devrait renoncer immĂ©diatement Ă  son projet d’étudier Ă  Harvard. Mais Travis est convaincu du contraire et ne partagera jamais ses motifs et ses expĂ©riences avec les psychiatres. « J’avais raison. J’étais assez intelligent pour savoir la cause de ma psychose. Et la solution ». Le temps lui donnera raison. Travis tient son assurance de ses connaissances thĂ©ologiques et insiste sur le fait que les psychiatres, ignorant tout de la thĂ©ologie, n’ont pas les compĂ©tences pour poser un jugement sur son illumination. Cette dernière est en outre une source de confiance, car s’Il s’était rĂ©vĂ©lĂ© Ă  moi, c’était un signe qu’il allait me soutenir et que je pourrais compter sur lui. Alors je crois, j’ai une certaine foi qui m’a permis de faire des choses merveilleuses dans la vie. Parce que cette foi en Dieu est aussi une forme de confiance en soi-mĂŞme. Ainsi, sa première force lui vient d’avoir tenue pour vraie cette expĂ©rience que les psychiatres qualifiaient de dĂ©lire. Il est Ă©galement soutenu par sa mère qui, malgrĂ© sa connaissance du pronostic dĂ©favorable liĂ© Ă  la schizophrĂ©nie du fait de sa formation d’infirmière, l’encourage Ă  vivre sa vie et son homosexualitĂ©. Elle lui a racontĂ©, lorsqu’il avait treize ans, que son oncle paternel, un homme qu’il admire profondĂ©ment, a connu un Ă©pisode schizophrĂ©nique dans sa jeunesse. Il a Ă©tĂ© hospitalisĂ©, mais s’en est sorti totalement et a eu par la suite une vie riche et influente. Cette histoire et son issue heureuse le confortent Mais pour le jeune homme de dix-huit ans, son questionnement concernant Dieu est bien au cĹ“ur de sa crise et l’hospitalisation constitue la pĂ©riode la plus sombre de sa vie. 11 – Beguet.pmd 226 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 227 dans sa certitude et sa rĂ©solution de s’en sortir lui aussi. Ă€ l’hĂ´pital, il noue Ă©galement une amitiĂ© très forte avec une autre patiente qui l’aide Ă  vivre ces mois d’enfermement. Enfin, le dernier coup de pouce viendra de l’assurance mĂ©dicale de ses parents qui, après treize mois, ne veut plus couvrir les frais d’hospitalisation. Travis est transfĂ©rĂ© dans un autre hĂ´pital oĂą on lui offre la possibilitĂ© de cesser sa mĂ©dication. Il accepte et deux mois plus tard, il est enfin libre. Sa première dĂ©cision est d’oublier le mysticisme et « ces folies qui l’ont conduit Ă  la psychiatrie » et de vivre sa vie. Il s’inscrit Ă  l’UniversitĂ© Harvard et vit Ă  Harvard square, le quartier hippy de Boston Ă  l’époque. LĂ , l’homosexualitĂ© et l’expĂ©rience psychiatrique ne sont pas des handicaps, mĂŞme plutĂ´t un attribut seyant d’une jeunesse qui conteste la guerre du Vietnam et vit l’époque du Peace and Love. Il y noue des amitiĂ©s et des relations amoureuses bisexuelles fortes et il est entourĂ© de gens qu’il aime et qui l’aiment. Citant la leçon principale de la Bible, Travis insiste sur le fait que « c’est l’amour qui guĂ©rit », pas les pilules. Pourtant, en dĂ©pit de cette vie heureuse, Travis, une fois son diplĂ´me en poche, veut quitter les États-Unis. Officiellement, il part pour protester contre la guerre du Vietnam, mais au fond de lui, il sait qu’il veut mettre de la distance avec son passĂ© psychiatrique. Les huit annĂ©es suivantes vont se dĂ©rouler dans diffĂ©rents pays d’Europe. Travis dira « qu’il est plus facile d’être Ă©tranger lĂ  oĂą on est vraiment Ă©tranger ». LĂ , sa folie et sa marginalitĂ© passeront plus facilement inaperçues. Ainsi, c’est l’ouverture sur le monde et sur les autres, « Ă  la fois paradoxale et salutaire pour un schizophrène », qui va parachever cette guĂ©rison. Il connaĂ®tra une rechute, brève. Il migre finalement au QuĂ©bec oĂą il obtient un doctorat et travaille depuis. Au moment de l’entrevue, il est en couple avec un homme depuis treize ans et vit dans une petite ville. Il oscille d’ailleurs entre rationalisme et mysticisme. Du premier, il apprĂ©cie les idĂ©es et l’univers intellectuel. Le second lui a donnĂ© la foi et la prière qu’il n’a jamais interrompue. Il assiste Ă  la messe Ă  certaines pĂ©riodes, encore qu’il soit très critique de l’Église comme institution. Il a dĂ©couvert avec le temps que certains choix qu’il a faits dans sa vie Ă©taient liĂ©s Ă  Tillich (par exemple d’aller vivre en Allemagne). Travis souligne que son expĂ©rience est qualifiĂ©e « d’hallucination schizophrĂ©nique » par la psychiatrie moderne et de « vision bĂ©atifique » par le mysticisme chrĂ©tien. Il insiste sur le fait que l’expĂ©rience reste la 11 – Beguet.pmd 227 2011-10-31, 14:18 228 VÉRONIQUE BÉGUET mĂŞme, les cadres interprĂ©tatifs changent selon les Ă©poques. Et s’il accepte le vocabulaire contemporain, il ne porte pas de jugement de valeur sur lui. Il note que la schizophrĂ©nie peut aussi ĂŞtre une expĂ©rience fondatrice, riche de sens et de crĂ©ativitĂ©. Il marque une diffĂ©rence nĂ©anmoins entre l’épisode qui l’a conduit Ă  l’hĂ´pital, de « folie » perceptible par l’entourage, et l’illumination après laquelle il reste normal pour les autres. Sur le plan personnel, Travis n’est pas fier de la première et souhaiterait l’oublier, tandis que la seconde est pure, belle, extatique. Mais toutes deux sont du mĂŞme ordre et s’inscrivent dans le mĂŞme champ interprĂ©tatif. Dans le cadre de la psychiatrie, il a rĂ©ussi sa schizophrĂ©nie comme en tĂ©moigne son parcours. Dans le cadre du mysticisme, il a vĂ©cu deux phases (l’illumination et la noirceur) d’une expĂ©rience globale qu’il a dĂ©passĂ©e pour parvenir Ă  cette vision unifiĂ©e qui intègre la foi et le rationalisme. Travis n’en a pas totalement fini avec son expĂ©rience : certaines questions mystiques le taraudent parfois, notamment l’annonce de l’Apocalypse et la venue d’un Messie. Son point de vue Ă©tant « hĂ©rĂ©tique » par rapport au christianisme, il peut difficilement se rapprocher des thĂ©ologiens contemporains. Conscient de l’anti-religiositĂ© d’un QuĂ©bec qui se dĂ©prend encore de la Grande noirceur, il se montre discret sur sa culture religieuse et sur sa foi. Alors il garde quelques certitudes pour lui et poursuit sa vie. Nicolas, 43 ans Nicolas, nĂ© en 1967, grandit entre un père « anti-soutane » et une mère catholique pratiquante. Il accompagne sa mère Ă  la messe et apprĂ©cie l’atmosphère gĂ©nĂ©rale de l’église bien que le dogme et les rites lui importent peu. Il y dĂ©veloppe un lien avec le sacrĂ© et peut « partir » dans ses pensĂ©es et ses prières, dans un mouvement intĂ©rieur qui le rĂ©gĂ©nère et le purifie (Nicolas n’utilise pas ce terme, mais indique qu’il sortait de la messe comme d’une ablution). Il cesse d’accompagner sa mère Ă  l’adolescence, prĂ©fĂ©rant l’appartenance au groupe de pairs. Nicolas expĂ©rimente très jeune des sorties hors corps. Ă€ quatre ans, alors qu’il est Ă©veillĂ© sur son lit, il voit soudain une sorcière qui l’emporte sur son balai et lui fait faire des tours de la pièce. Des expĂ©riences de dĂ©placement astral (avec une dimension Ă©thĂ©rique de l’humain, alors que le corps ne bouge pas) dans la maison durent le temps de son enfance et s’interrompent Ă  l’adolescence pour reprendre 11 – Beguet.pmd 228 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 229 alors qu’il est jeune adulte dans une pĂ©riode de stress. Le voyage astral lui donne des sensations très physiques : il sent la vibration dans ses cellules lorsqu’il quitte son corps et se sent passivement transportĂ© vers la porte de sa chambre, la cuisine, le plafond par exemple. Avec le temps, il apprend qu’il peut contrĂ´ler ses dĂ©placements par la pensĂ©e, sans jamais provoquer le phĂ©nomène qui, lui, est totalement involontaire. Lors des voyages astraux, le corps est dans une forme de paralysie9 . Nicolas ne trouve personne Ă  qui parler de ses expĂ©riences et tente de trouver des rĂ©ponses dans les livres portant sur le surnaturel (encore qu’aucun Ă  l’époque ne mentionne les sorties hors corps) et la vie après la mort. Il lit Ă©galement la Bible. Cependant, aucune de ses lectures ne le prĂ©pare Ă  vivre ce qui va suivre. Ă€ vingt-quatre ans, un avenir prometteur s’ouvre Ă  lui : une magnifique fiancĂ©e, un emploi important, une voiture rutilante nouvellement acquise. En quelques mois, cet avenir s’effondre et il est prĂ©cipitĂ© dans l’abĂ®me. Ses fiançailles sont rompues, il doit gĂ©rer la situation financière d’une entreprise qui va finalement sombrer dans la faillite, dans laquelle son père avait investi de fortes sommes, et il est enfin extrĂŞmement prĂ©occupĂ© par l’attitude de son père face Ă  sa mère, et ses infidĂ©litĂ©s (il a des rĂŞves du Jugement dernier de son père par exemple). Durant cette pĂ©riode, il alterne entre la douleur morale liĂ©e Ă  ces difficultĂ©s et des Ă©tats de grande fĂ©licitĂ©. Avec le recul, Nicolas s’aperçoit que les pĂ©riodes de stress et de surmenage stimulent les expĂ©riences non ordinaires qu’il connaĂ®t. Dans ce cas, la tension est extrĂŞme. Un soir, au volant de sa voiture, il se met Ă  prier intensĂ©ment. Peu après, il fait un rĂŞve dans lequel il se sent d’abord piteux Ă  cause d’orgies sexuelles et change totalement d’état d’esprit en ressentant une prĂ©sence qui touche son front avec le sien. Nicolas connaĂ®t deux sensations physiques. La première est celle de l’extase liĂ©e Ă  la rencontre avec un ĂŞtre spirituel, une expĂ©rience qu’il a vĂ©cue Ă  plusieurs reprises et qui est « comme deux Ă©nergies qui fusionnent ». La seconde, pas dĂ©sagrĂ©able, ressemble Ă  une opĂ©ration au front. Après cette nuit-lĂ , une migraine persistante disparaĂ®t et toute la douleur morale, la « dĂ©prime », la culpabilitĂ© et la sensation « d’être plus ou moins Ă  cĂ´tĂ© de sa vie » s’effacent. L’expĂ©rience est puissante et transformatrice. Il adopte dès le lendemain un mode de vie très sain, 9. Il apprend bien plus tard qu’un oncle paternel avait parfois de telles sensations qu’il appelait « le lourd ». 11 – Beguet.pmd 229 2011-10-31, 14:18 230 VÉRONIQUE BÉGUET voire ascĂ©tique, abandonne l’alcool, les gras, le sexe et se dĂ©fait rapidement de ses possessions matĂ©rielles. « C’est mon corps qui me le demandait. ÉnergĂ©tiquement, ça me le demandait ». Ă€ son rĂ©veil ce matin lĂ , « je n’étais pas en dĂ©pression ; j’étais comme un cĹ“ur ouvert ». Commence alors ce que Nicolas appelle sa neuvaine mystique, un Ă©tat de fĂ©licitĂ© intense et de joie de vivre. Il se dĂ©couvre de nouvelles facultĂ©s sensitives. Il ressent l’isolement, la solitude et le manque d’amour d’une auto-stoppeuse. Il lui communique de manière tĂ©lĂ©pathique que Dieu l’aime et rĂ©pète son message jusqu’à ce que, soudain, la jeune fille se transforme : ses masques tombent, ses joues ruissellent. (Dans un Ă©tat normal, cette stratĂ©gie ne fonctionne pas, il l’a testĂ©e plus tard). Au mĂŞme moment, un autobus scolaire passe avec des enfants qui leur font de larges sourires. Ă€ l’Oratoire Saint-Joseph, dans la chapelle SaintAndrĂ©, lui revient le projet de travailler pour aider les sans-abri, un projet qu’il a toujours repoussĂ© du fait de la faible rĂ©munĂ©ration. Cette fois, il se sent au contraire libre et serein, sans peur de l’insĂ©curitĂ© financière, avec une grande soif de vivre sa vie, quitte Ă  le faire dans la diffĂ©rence. Il va Ă  la rencontre des itinĂ©rants, crĂ©e des liens, entend leur histoire. Il lit dans un livre qu’il peut demander des leçons de sagesse avant de s’endormir et en reçoit une chaque nuit avec rĂ©veil Ă  4H44 pour qu’il puisse s’en souvenir et l’intĂ©grer. Une de ces leçons l’incite Ă  suivre son cĹ“ur pour trouver le but de son existence et de croire Ă  la loi de l’attraction (attirance des situations favorables lorsqu’une intention est clairement manifestĂ©e). Dans un rĂŞve, il vit l’éclatement de son ego pour laisser place au « Je » dans toute sa splendeur. Ă€ aucun moment cependant, il ne pense ĂŞtre un Ă©lu de Dieu ou l’incarnation d’une figure catholique lĂ©gendaire. En fait, ses sorties de corps passĂ©es l’ont dĂ©jĂ  ouvert Ă  des possibilitĂ©s non ordinaires et l’ont rendu humble face Ă  elles. Cette joie est assombrie par des pĂ©riodes d’angoisse, lorsqu’il est seul chez lui et qu’il ressent de la culpabilitĂ© face Ă  ses parents qui vont mal. Il lui arrive d’être terrorisĂ© par un orage, une fenĂŞtre qui claque, et de se blottir dans son lit. Ă€ quatre heures du matin, le tĂ©lĂ©phone sonne, il dĂ©croche et il entend des voix mĂ©talliques, presque dĂ©moniaques. Son entourage s’inquiète pour lui et tente de l’aider. Une tante religieuse avec laquelle il a beaucoup d’affinitĂ©s l’appelle, l’écoute et le rĂ©fère Ă  un prĂŞtre. Ce dernier lui offre une sĂ©ance de reiki (une forme de canalisation et de transmission d’énergie sans contact direct) au cours de laquelle il sent une Ă©nergie très forte autour du sexe. Après la sĂ©ance, 11 – Beguet.pmd 230 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 231 un Ă©lan le pousse Ă  embrasser le prĂŞtre pour un Ă©change de souffle de vie, un mouvement qu’il interrompt rapidement et s’excuse, confus d’une Ă©ventuelle homosexualitĂ©. Sur ce plan, il sera rassurĂ© peu de temps, en rompant son vĹ“u de chastetĂ© avec une nouvelle voisine. Avec le recul, Nicolas considère avoir Ă©changĂ© un baiser tantrique avec le prĂŞtre et dĂ©clenchĂ© son ouverture sexuelle, sur le plan Ă©nergĂ©tique, avec sa voisine. Selon lui, cette ouverture, combinĂ©e avec celle du cĹ“ur qui a prĂ©cĂ©dĂ©, va permettre la montĂ©e de la kundalini. Peu après ces Ă©vĂ©nements, Nicolas a une vision, « le film de la crĂ©ation ». Il voit d’abord une Ă©norme boule de lumière palpitant d’amour dans le nĂ©ant. Par intuition mystique, il comprend qu’il s’agit du premier jour de la crĂ©ation et, dans son cĹ“ur, il ressent l’amour de Dieu. Sa voix intĂ©rieure lui enjoint de se calmer. Alors le Dieu de sa vision expulse le germe de l’Univers et le film zoome sur la terre. Des rĂ©vĂ©lations sont transmises Ă  Nicolas par le haut de sa tĂŞte. Au dĂ©but, elles sont simples et il les note. Mais rapidement, leur rythme s’accĂ©lère et elles deviennent de plus en plus complexes, avec des Ă©quations mathĂ©matiques. Il voit ensuite l’avènement de l’Homme et un flux ininterrompu circule de Dieu vers celui-ci vers la matrice de la terre et tous les ĂŞtres, animaux, vĂ©gĂ©taux, cours d’eau qui la peuplent. Or Nicolas ne voit pas seulement cet homme nouvellement créé : il l’est. Et les mots lui manquent pour poursuivre sa description. Il est subjuguĂ© par une dĂ©charge d’amour, en fusion avec Dieu comme il l’a Ă©tĂ© lors de sa première extase. Il sent ce « flux trop puissant pour ses neurones » et, incapable de l’arrĂŞter, il panique. Il appelle son père et lui demande de lui parler, de n’importe quoi, de sport. Son père s’exĂ©cute et, terriblement inquiet, lui donne rendez-vous Ă  MontrĂ©al. Nicolas prend le volant en ayant perdu tous ses repères et avec des facultĂ©s motrices altĂ©rĂ©es. Totalement dĂ©sorientĂ©, il finit par faire appeler son père pour lui demander de venir le chercher. Ce dernier le ramène Ă  la maison familiale. Il y passe quinze jours, inerte et sans force. Finalement, il entend qu’un centre pour sans-abri est menacĂ© de fermer et dĂ©cide de lui apporter son aide. LĂ , il fait la connaissance de Franciscains qui Ĺ“uvrent auprès des itinĂ©rants et l’hĂ©bergeront quelques jours. En serrant dans ses bras un itinĂ©rant amnĂ©sique, son cĹ“ur se rouvre soudainement. La croix d’un prĂŞtre Ă  proximitĂ© et l’évocation de saint François provoquent une dĂ©charge Ă©lectrique de tout le corps qui se termine en une « extase et 11 – Beguet.pmd 231 2011-10-31, 14:18 232 VÉRONIQUE BÉGUET une vision », la dernière, d’une longue chaĂ®ne d’hommes et de femmes, du sommet Ă  la base, sans oublier le plus petit. Il est empli d’un nouvel Ă©lan de joie et s’effondre en larmes auprès de l’itinĂ©rant. Les Ă©tats de fĂ©licitĂ© alternent avec l’anxiĂ©tĂ© et un soir, il pense se jeter par la fenĂŞtre. Il se rend Ă  l’hĂ´pital psychiatrique. LĂ , il vit une « nuit de l’âme », une sorte de « trĂ©pas psychique » avec un cĹ“ur fermĂ©, dĂ©sertĂ© par les sentiments Ă©levĂ©s. Il reçoit un diagnostic de troubles bipolaires dans lequel il ne se reconnaĂ®t pas et refuse la prescription mĂ©dicamenteuse, malgrĂ© les menaces de son psychiatre qui lui prĂ©dit des psychoses et des hospitalisations Ă  rĂ©pĂ©tition. Il accepte un anxiolytique qu’il prend un temps, Ă  très petite dose au besoin. Après sa sortie, il lui faudra environ dix-huit mois pour retrouver son Ă©nergie et reprendre pied dans sa vie. L’expĂ©rience de Nicolas a Ă©tĂ© tellement forte qu’il s’y est complètement abandonnĂ©. Mais elle l’a conduit Ă  l’hĂ´pital psychiatrique, « une claque » Ă©norme oĂą il a risquĂ© de se dĂ©sintĂ©grer et a vĂ©cu le dĂ©sespoir. Ă€ partir de lĂ , il ne veut plus vivre cette ouverture du cĹ“ur et fait des choix qui l’ancrent dans la vie matĂ©rielle avec par exemple un emploi très rĂ©munĂ©rateur dans le domaine de la communication. NĂ©anmoins, il ne succombe jamais au matĂ©rialisme et privilĂ©gie des expĂ©riences professionnelles qui le nourrissent (quittant par exemple cet emploi lorsqu’il estime n’être plus motivĂ© que par le salaire). Nicolas dĂ©couvre les Ă©crits de Stanislav Grof sur l’émergence spirituelle quinze ans après son hospitalisation et se reconnaĂ®t immĂ©diatement. Il a connu les Ă©pisodes de pression crânienne dĂ©sagrĂ©ables, les perceptions de sons internes et d’une lumière intĂ©rieure, les mouvements thermiques au sein du corps, l’anxiĂ©tĂ© qui l’habite lorsqu’il se retrouve seul chez lui, le sentiment de dĂ©personnalisation, les Ă©tats de transes et de conscience paranormale, l’accĂ©lĂ©ration de la pensĂ©e. Ă€ cette liste s’ajoutent la rĂ©duction des besoins physiques en termes de sommeil et de nourriture et l’accès Ă  de grandes rĂ©vĂ©lations. L’expĂ©rience a Ă©tĂ© puissante et transformatrice avec une augmentation de son sens moral et humaniste. Il dĂ©couvre que la transmission de connaissance sous forme d’idĂ©es Ă©levĂ©es, de thĂ©orèmes mathĂ©matiques et de symboles archĂ©typaux a Ă©tĂ© dĂ©crite par Krishna, la montĂ©e de la kundalini par le Livre des morts tibĂ©tain. Nicolas rĂ©alise Ă©galement que tous les saints ont connu ces fulgurantes ouvertures du cĹ“ur, le fantasme de sauver les âmes de l’enfer, l’impulsion de l’ascĂ©tisme et les visions transformatrices. 11 – Beguet.pmd 232 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 233 Il comprend le caractère initiatique de l’expĂ©rience, la mort pour mieux renaĂ®tre et intĂ©grer de nouvelles dimensions Ă  sa vie. Ce constat le sort de la stigmatisation et lui donne une autre perspective que celle d’avoir Ă©tĂ© victime d’une hospitalisation psychiatrique. Soudain le sens de son expĂ©rience, qui jusque-lĂ  Ă©tait un faux pas honteux connu de quelques intimes uniquement, lui apparaĂ®t et sa vie prend une nouvelle dimension. Il intègre la spiritualitĂ© Ă  l’engagement social et travaille d’abord dans un organisme communautaire pour les itinĂ©rants, puis dans un autre en santĂ© mentale. Il ressent Ă  nouveau cette ouverture du cĹ“ur et l’accepte, d’autant qu’il s’y sent en sĂ©curitĂ© et non plus menacĂ© de « dĂ©coller ». Cette ouverture nourrit profondĂ©ment sa nouvelle relation amoureuse, son ancrage dans la famille recomposĂ©e Ă  laquelle il appartient maintenant et elle lui permet une vĂ©ritable empathie dans les milieux oĂą il Ĺ“uvre. Toute sa vie s’en trouve considĂ©rablement amĂ©liorĂ©e avec un ancrage dans la vie physique, corporelle, quotidienne et sociale plus fort. Sexuelle aussi puisque l’ouverture qu’il a connue a Ă©tĂ© nourrie par la suite par ses relations suivantes. Nicolas est critique des personnes qui ne vivent que dans la spiritualitĂ©. Pour lui, l’ancrage dans la vie est important. L’idĂ©e lĂ -dedans, c’est que la vie est lĂ . J’en ai des frissons en te le disant. C’est tellement beau. C’est tellement une expĂ©rience enrichissante . Mais il faut que tu la vives, il faut que tu y goĂ»tes. Mais quand tu peux y goĂ»ter avec la notion qu’il y a quelque chose ailleurs, puis que tu vibres, lĂ  tu es connectĂ©. Et tu peux vraiment rendre ta vie utile pour d’autres et pour toi. Ă€ ce moment-lĂ , tu as une spiritualitĂ© qui est vibrante. Nicolas souligne le cĂ´tĂ© intime, ineffable, de l’expĂ©rience. L’avoir expĂ©rimentĂ©e lui donne non seulement la foi, mais pratiquement un savoir. Il sait qu’« il y a autre chose », sans pouvoir le dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment. C’est comme d’être Ă  l’orĂ©e d’une forĂŞt. On sait qu’elle existe, mais on ne l’a pas parcourue. Dans tous les cas cependant, il souligne la grande distance qui sĂ©pare de tels savoirs avec le paradis dĂ©peint par la religion chrĂ©tienne. 11 – Beguet.pmd 233 2011-10-31, 14:18 234 VÉRONIQUE BÉGUET Conclusion Dans ces rĂ©cits, l’expĂ©rience est ambivalente, source d’une hospitalisation traumatisante et fondatrice Ă  la fois. Elle est considĂ©rĂ©e comme une maladie mentale par la psychiatrie et les psychiatres qui vont tenter de convaincre leurs patients de leur diagnostic. Ils s’appuient pour cela sur des constats « objectifs » : il existe effectivement des comportements problĂ©matiques, des « symptĂ´mes », une zone de « dĂ©rapage » qui conduit potentiellement Ă  l’hospitalisation, ce dont Nicolas et Travis sont conscients. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’un et l’autre dĂ©cident de se distancier de leur expĂ©rience pour Ă©viter les risques de rechute. Ils ne sont donc pas nĂ©cessairement dans un Ă©tat de dĂ©ni, qualificatif gĂ©nĂ©ralement accolĂ© aux personnes qui ne se plient pas aux prescriptions mĂ©dicales. Pourtant, tous deux sont convaincus que le diagnostic psychiatrique est erronĂ© et ils refusent la mĂ©dication qui l’accompagne. L’histoire va leur donner raison et, contrairement aux prĂ©dictions psychiatriques, ils ne seront plus hospitalisĂ©s. Ces deux rĂ©cits n’invalident pas les descriptions objectives de la maladie mentale. Ils ne signifient pas, Ă©videmment, que tous les diagnostics de dĂ©lires mystiques par exemple sont erronĂ©s. Ils confirment pourtant la fragilitĂ© et la complexitĂ© du diagnostic psychiatrique et tĂ©moignent, comme le demandent Lukoff et ses collaborateurs (1998), en faveur d’une plus grande prudence et circonspection. Ce n’est pas dans les « faits », mais dans le sens qui leur est donnĂ© que se joue le dĂ©bat. En effet, Travis et Nicolas ont acceptĂ© leur « dĂ©rapage », le comportement visiblement « non ordinaire », mais ils lisent ou relisent leur expĂ©rience dans une autre perspective interprĂ©tative, respectivement mystique et spirituelle. Une perspective qui est essentielle Ă  leur rĂ©tablissement : elle constitue une des clĂ©s de la rĂ©silience de Travis Ă  l’hĂ´pital et provoque un changement qualitatif dans la vie de Nicolas quinze ans plus tard. L’expĂ©rience n’a pas changĂ© ; le sens qui est lui donnĂ© varie. Plus important encore, cette perspective interprĂ©tative alternative est ancrĂ©e dans leur expĂ©rience. IntĂ©grĂ©e sous des formes positives, cette dernière est source d’une très grande force et fonde la foi et la confiance inĂ©branlables de Travis ainsi que la spiritualitĂ© incarnĂ©e de Nicolas. Le sens « guĂ©risseur » n’est ni abstrait ni mental, ni le fruit de croyances ou de reprĂ©sentations sociales simplement acquis ; il est inscrit dans l’expĂ©rience individuelle. Il possède la profondeur, la force et la puissance interprĂ©tative que confère l’expĂ©rience directe, ineffable et rĂ©solument individuelle. C’est cette capacitĂ© Ă  se relier Ă  cette expĂ©rience, Ă  en extraire et en intĂ©grer le sens qui est guĂ©risseuse. Ces rĂ©sultats sont cohĂ©rents avec les conclusions de Romme et Escher (1993) sur l’importance du sens comme facteur dĂ©partageant les entendeurs de voix avec ou sans problèmes psychiatriques et, de manière gĂ©nĂ©rale, avec l’appel gĂ©nĂ©ral Ă  la prise en compte du sens dans le processus de rĂ©tablissement. Or c’est prĂ©cisĂ©ment cette tentative qui est systĂ©matiquement cassĂ©e dans le milieu psychiatrique oĂą elle est qualifiĂ©e de dĂ©ni, de non-acceptation de la maladie mentale. Enfin, pour Travis et Nicolas, cette expĂ©rience donne accès Ă  un savoir diffĂ©rent de celui du rationalisme et du matĂ©rialisme, un savoir sur le monde, sa crĂ©ation et sa dimension divine. Ce savoir les conforte dans leur posture mĂŞme si elle s’inscrit en porte-Ă -faux avec la psychiatrie et le rationalisme dominants et il met en scène des dimensions longtemps occultĂ©es de l’humain et du monde. 11 – Beguet.pmd 234 2011-10-31, 14:18 ENTRE PSYCHOPATHOLOGIE ET RELIGION/SPIRITUALITÉ 235 [...] Lire la suite…
Pro mente sana est une association de conseil psycho social [...] Lire la suite…
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